Khal Gamish

Le Khal est le chef d’un clan des Banu Armadar, particulièrement important, dans les temps anciens. Il est également considéré comme l’un des grands ancêtres de la noblesse gandari.

Le récit de Khal Gamish par les derviches

Il y a des éons, régnait depuis le Taggoth l’empereur serpentaire Narûn-Sîn, porteur de la couronne maudite. Son pouvoir avait corrompu de nombreux peuples, et il faisait porter à ses sectateurs, les wadjatéens, un fragment de rochécaille, cet étrange minerai du désert né mystérieusement et marqué par l’empreinte des Apsurs.

De ces temps, on raconte que les fondements du code du cobra furent enseignés et pratiqués par les premiers kshayatrim, officiers et prêtres de Narûn-Sîn. C’est dans cette lueur morbide qui se propageait depuis la cité de Makoth que l’on entendît mugir le cri des esclaves de l’empereur, lorsque fût lancé le fléau des Sangs Brûlants.

Narûn-Sîn tâcha d’envahir le Mazighân, et peu à peu, il s’emparaît des terres côtières et des montagnes. Mais la prise de Bîrbîra entraîna de nombreuses arrestations, et parmi les prises de guerre, un érudit du nom de Gamish bin Armadar fût transporté à Atka’ab. Placé dans des geôles, Narûn-Sîn s’adonna à de nombreuses expériences de nécromancie sur lui, sans parvenir à pénettrer son âme ou à la bannir: Gamish était fermement ancré dans la Grâce, et le karma de l’empereur serpentaire n’entrait pas à moins de vingt mètres de lui.

Gamish ne voulait pas non plus mourir: c’était un praniste.

Rien n’y pouvait, il était impossible à soumettre. De dépit, Narûn-Sîn l’envoya se perdre dans le désert brûlant de Juhubba. Gamish se perdit. Il allait finir épuisé, seul, incapable de régénérer ses pouvoirs. Il aperçu une cité verdoyante au milieu des dunes, perchée sur une eau abondante et bouillonnante. Etait-ce un mirage?

S’approchant, il découvrit la cité des djinns, la mythique Meraj.

Recueilli là, Gamish resta confus. Il se nourrit d’illusions et pourtant fut tout à fait rassasié. Trouvant un nouveau souffle, il s’empara d’une monture et repris la route vers le Mazighan. Quand il atteint le Massir, Gamish resta à tournoyer entre les troupeaux pour s’emparer d’assez de viande pour nourrir les simurghs. Lorsqu’il pu en attacher suffisemment à sa monture, il commença l’ascension du pic de Timra. C’est là qu’il fit la connaissance de Byrakk, leur alif.

Byrakk trouva le troupeau appétissant et déploya ses serres pour se poser. Gamish entonna la marche-plume et lui adressa le langage des oiseaux. Il lui conta ses mésaventures, et lui demanda conseil. Byrakk pris d’abord son repas, puis entama une sieste qui sembla durer une éternité. Gamish veilla auprès de lui des jours, jusqu’à s’endormir.

Le simurgh surpris son sommeil: “Tu es encore là?” Lui dit-il. Gamish s’éveilla douloureusement. Il tomba en arrière, face à l’oeil immense de l’animal céleste. Sa chute dût l’entrainer dans un ravin, mais un lit de plumes le recueilli. Des plumes à la blancheur laiteuse, les plumes d’un rokk.

“Je l’ai amené ici pour toi”, lui dit Byrakk. Gamish volait! C’était la première fois. Le rokk le déposa près des siens, dans une vallée encaissée. Des centaines de rokks curieux étaient rassemblés pour manger les restes d’un vieil éléphant. Gamish leur parla et leur répéta sa demande d’assistance.

Etrangement, ils acceptèrent d’unir leurs destinées à la sienne, et ils s’en allèrent à la rencontre des hommes. Ceux-ci, stupéfaits par la diligence des oiseaux géants, promirent d’obéir à leur chef. Ainsi Gamish devint Khâl Gamish. Il transmit l’art de chevaucher les rokks à ses séides, et rassembla les tribus du Mazighân. Peu à peu, se constitua une phalange de soldats prêts à en découvre avec le Taggoth.

On raconte de Jarkal, dieu des artisans en personne, se serait choisi un avatar pour s’offrir le plaisir de forger les armes et armures de la fière équipe. Ainsi parurent les Faucons d’Airain, nouvel ordre militaire du Mazighan.

A cheval, sur le dos des éléphants, des dromadaires et des rokks, ils allèrent au devant des taggothi, marchant de victoire en victoire. Ils prirent Atka’ab, et décidèrent de faire de toutes les nouvelles recrues marche-plume un ordre distinct: les Gardes-Rokks. Erigeant les immenses donjons-volières d’Atka’ab, les Faucons d’Airain fixèrent aux Gardes-Rokks de s’installer à Atka’ab et d’y faire prospérer les petits des rokks, pour les monter de génération en génération.

Narûn-Sîn était alors dévoré par son propre mal. On ignore encore pourquoi la secte kshayatrim lui voue un tel culte, sachant qu’il était visiblement incapable de juguler la magie que l’Ombre lui avait confié par la rochécaille de sa couronne…

Pourtant il mena l’assaut à la tête d’une armée des morts, jusqu’aux contreforts d’Atka’ab. Les Gardes-Rokks se déployèrent, les Faucons d’Airain tinrent les positions. Khal Gamish s’envola sur son rapace et les zéphyrs portèrent sa course jusqu’au dessus de Narûn-Sîn, détournant les flèches.

L’oiseau s’empara de la couronne maudite. L’empereur serpentaire retrouva ses esprits juste le temps de s’apercevoir qu’il avait perdu ses dernières forces. Il succomba à un vieillissement accéléré au moment où les Faucons d’Airain perçaient ses lignes, et que les morts retombaient en poussière dans les sables…

Khâl Gamish disparu dans des terres inconnues, emportant avec lui la couronne du serpentaire. On ne le revît jamais…

Les wadjatéens succombèrent peu à peu aux assauts constants des Faucons d’Airain. Quand leur empire tomba entièrement, les fiers mazighani rentrèrent au pays. Certains demeurèrent, et devinrent les parents de lignées de seigneurs très aimés. Trop peut-être… Des siècles plus tard, les kshayatrim sortirent de leur torpeur et mirent ces lignées en esclavage. Kalder Ier lava l’affront et les libéra, les rétablissant dans leurs titres.

Durant le règne de la lignée kalderade, les kshayatrim se levèrent trois fois contre les lignées mazighani, et trois fois les légions impériales les firent placer en esclavage sous la domination des lignées alamites. Les alamites et les descendants des Faucons d’Airain se mêlèrent, les taggothi furent métissés. Une lueur de bonté s’éveille dans le coeur des habitants des bords du Gihadjam, et aucun taggothi ne peut plus contester l’omniprésence de ces sangs bleus. Mais lorsqu’un sang pur fut trouvé par les prêtres de Shayatz, ils le cachèrent dans un pays imprenable pour préparer leur retour définitif. Le prince fut ainsi abrité des représailles impériales, grandissant en influence légendaire dans la secte. Et Lougalzagis était son nom.

Ceci pourtant est une autre histoire, celle des temps présents de Gandariah…

Khâl Gamish est une légende des déserts de l’ouest de Gandariah. Il est aussi une explication vraissemblable de l’existence de la Garde-Rokk à Atka’ab jusqu’au règne du calife Aladdin Ber Thiba.