La noblesse

Statut

Aux yeux de tout un chacun, le régime de la noblesse s’impose comme une évidence. C’est elle, et elle seule, qui dispose des prérogatives politiques, même si les intérêts bien compris des marchands et des confréries fassent leur œuvre en son sein.

Les vizirs se doivent d’en être issus, de même que les officiers, et plus globalement toute charge d’autorité. La question de la noblesse et de ses origines reste souple. C’est généralement le mérite qui est récompensé, selon les critères de Gandariah : l’Honneur et la Vertu. L’Intégrité, quant à elle, ne récompense que la carrière, une fois que l’on est intégré dans les rangs de la noblesse. Pour y parvenir, une confrérie doit vous accepte en son sein. Ainsi, les riches dépensent des fortunes en hospitalité pour rejoindre les midasséens, les vétérans de guerre se font écrire une ode à leur honneur chantée dans les mohibars des grandes villes pour entrer chez les sparakéens, et ainsi de suite, en vertu de la devise de la confrérie.

Les confréries sont donc des coteries, des sociétés, dans lesquelles on retrouve les personnes qui partagent le sort d’avoir accédé à la noblesse par filiation ou pour avoir brillé eux-mêmes dans un domaine.

La filiation permet de jouir des prérogatives de ses aïeuls, bien qu’à tout moment de la vie un noble gandari puisse croiser le chemin de la disgrâce. Lorsqu’un travers détesté par les siens est reconnu par les membres de sa confrérie, le seigneur en est chassé. Il doit alors se retrouver une confrérie au risque d’être exclu de la féodalité. Les confréries sont organisés autour des cheikh-al-arkân de la cité la plus proche. Ils ont un poids conséquent dans les questions de féodalités et peuvent constituer un noble ou le destituer par leur seule décision. Ils sont eux-mêmes surveillés par les kalandars, qui, bien qu’ascètes et interdits de charges, ont autorité sur les confréries. Les kalandars, sorte de police spirituelle de la noblesse, ne sont pas considérés comme nobles. Ils se contentent de les côtoyer et de les surveiller dans l’exercice du pouvoir, veillant aux principes fondateurs de la société, à savoir les règles de l’Intégrité.

Pour des raisons d’Honneur, un noble se devra toujours de porter un signe extérieur de son appartenance pour être reconnu ; qu’il s’agisse de l’uniforme de ses fonctions, de bijoux, de vêtements précieux, d’une arme d’apparat… De cette manière, il prévient d’éventuelles autorités de son statut, ce qui peut donner lieu à des passe-droits, mais attire aussi l’attention des malfaiteurs.

Rapports féodaux

Les nobles se vouvoient et doivent être vouvoyés, sauf entre membres d’un même clan où la pratique est considérée comme une insulte : elle peut signifier que le seigneur auquel on s’adresse est illégitime dans son lien clanique, et cela retombe sur sa tribu d’appartenance. Le tutoiement est donc une formalité d’usage et, bien que les dignitaires de certains clans éparpillés ne connaissent pas tous leurs seigneurs personnellement, ils en ont au moins entendu parler. Les nobles tutoient les gens du peuple, y compris les marchands, à l’exception des riches qui sont nécessairement associés aux princes-marchands, et donc aux seigneurs. Là encore, on regarde l’apparence, on guette les signes de raffinement.

Le peuple n’est contraint que par la loi et les ordres de l’autorité légitime. Dans l’empire, ce sont les cadis, les mobeds, les Pèlerins de l’épée et les rois – quelle que soit la titulature. Dans les cités et les provinces, ce sont les vizirs et les raïs.

Le reste de la noblesse n’a pas d’ordre à donner, en dehors des moujahidin et des gardes assermentés. La pratique de l’intimidation reste fortement ancrée et les puissants sont craints malgré l’ordre juste des lois, ce dernier vacillant hélas avec l’empire. Le désordre ambiant favorise les aventuriers les plus ambitieux et entraîne coups d’état, vendettas, razzias, rapts, racket, indulgences…

Organisation

La hiérarchie est pyramidale. Elle débute avec le Shahenshah, ou Roi des Rois. Actuellement, le trône impérial est contesté par les héritiers présomptifs de Kaddar II.

Puis viennent les califes, qui sont par là-même des autorités spirituelles et temporelles. À ce niveau de la hiérarchie, se trouvent Aladdin Ber Thiba, l’alamite qui gouverne le Tahuguthan, et le raja Jamal el-Gandji de Dhamma, qui règne sur le Maha.

Ensuite viennent les émirs. C’est à ce rang que se situent l’émire Hamma’ani Banu Bareka du Mazighân et le regus Voladim el-Moldari de la Bazilée.

Puis viennent les sultans. Il s’agit du négus d’Haqsoum et des sultanats de Pelaboria.

Les raïs, maires ou gouverneurs des cités, se placent encore en-dessous. Le plus important d’entre eux est le padiraïs de Baktrée, qui domine tous les raïs bakturs.

On trouve ensuite les cadis, ou juges, puis les mobeds, les prêtres.

Enfin viennent les princes-marchands et les émirs des clans, à commencer par ceux qui disposent de la suzeraineté militaire locale : l’asabiyya. Ces derniers sont chargés de prélever l’impôt pour le raïs, qui doit lui-même le reverser au sultan, à l’émir, ou au calife, lesquels sont tenus de le transmettre à leur tour au trésor impérial.

Les Cinq Préceptes du droit kalderade des Seigneurs

  1. Le Seigneur de la tribu est le premier né vivant de la fratrie des enfants reconnus d’une tribu, sauf empêchement médical ou indignité publique reconnue devant un tribunal.
  2. Le Seigneur d’une tribu peut être homme ou femme indistinctement, sauf si la coutume de la tribu l’interdit.
  3. Le Seigneur d’une tribu ne peut être un fils ou une fille né(e) hors-mariage, sauf après un acte d’adoption.
  4. Le Seigneur d’une tribu ne peut exercer ses fonctions en propre au conseil de clan qu’à compter de l’âge de se marier et d’exercer une profession.
  5. Aucune dispense d’exercice de profession pour les Seigneurs, si ce n’est les émirs.
Eugène Delacroix – Le caïd marocain