Le ksar

Derrière ces fortifications, des ruelles tortueuses et couvertes s’étendent, ne laissant passer la lumière que par intermittence, protégées par la jeunesse du quartier, car la vertu des femmes est un bien essentiel ici. Celles-ci vivent cachées dans des maisons de pisé qui constituent l’architecture globale du ksar. À l’abri des moucharabiehs, elles observent la rue tout en s’adonnant à de nombreuses tâches ménagères et de production : tissage, filage, etc. Des tours élancées et larges à leur base ceinturent l’ensemble et trônent parfois en son centre. Sécurité mais aussi prestige s’y attachent. Ses murs peuvent aussi n’être que des greniers ou des entrepôts. Les familles les plus riches règnent sur les ksars, soutenues par les liens claniques et tribaux qui irriguent l’espace social et lui donnent une cohérence.

Les structures urbaines et leurs limites les chevauchent ainsi depuis des temps immémoriaux. Chaque secteur étant jalousement gardé, protégé, coupé du reste de la cité, on n’y déambule pas sans autorisation ; il faut alors se faire connaître des anciens et quémander le droit de passage, et, malgré tout, ses jeunes peuvent encore se montrer agressifs. Une architecture somme toute assez fruste révèle parfois des intérieurs très travaillés, certaines familles ayant aménagé de véritables palais à l’abri des lourds murs de leurs ancêtres.