Le mohibar

Dans cette maison des poètes et des aèdes, rêve et travail s’entremêlent sans fin. Ici, le temps s’arrête et la suave douceur de la cithare accompagne toujours les ondulations des esprits frénétiques à la recherche de l’inspiration divine. Les Derviches des poètes de passage venant bien souvent passer du temps en ville, la confrérie humiréenne y tient résidence. Ils sont omniprésents, offrant ainsi à chaque étape un accueil et des valeurs humaines. Leur absence est la marque suprême de la barbarie.

Les réputations des plus nobles s’y font et défont, conférant à ces artistes un pouvoir bien au-dessus de tous les autres. Ici, sont gardés les mémoires des clans, des figures les plus en vue, des héros et des dieux. La critique qui s’y développe peut parfois déboucher sur des mouvements de grande ampleur. Rares sont alors les gouvernants à laisser les mohibars sans surveillance…

Les expériences passées ont démontré, si besoin était, leur fragilité lorsqu’ils étaient soumis à la colère ou à l’envie d’un puissant. Le feu dévorant étant le pire ennemi de la chose écrite, il s’y est développé une architecture intégrant parfaitement les sous-sols et leur protection humide, leur donnant une profondeur et une étendue insoupçonnées… Certains boyaux mèneraient en des lieux lointains. On y cultive la discrétion et le secret. D’ailleurs, dans les textes eux-mêmes se cachent parfois des messages accessibles aux seuls initiés. On y apprend à tromper les sens et la raison, jusqu’à celle des espions les plus aguerris. La fonction éminemment politique de cet ensemble en fait une place convoitée sur laquelle les princes, qui y choisissent des poètes pour leur cour, ont souvent main-mise. Du moins le pensent-ils car, en réalité, ce lieu de clandestines alliances, sous les auspices de la confrérie, échappe à la puissances des trônes…