Le Jeu de rôles de fantasy orientale/clockpunk

Le Mubarashta, mythe fondateur

Ceci est le texte dit canonique au Shadiraï pour retranscrire oralement le Mubarashta, récit cosmogonique des commencements de cette réalité alternative selon les croyances gandari.

Le Mubarashta

1. De toute origine, il n’y avait que le Dieu dit Barbelô, le parfait androgyne, baignant dans ses vapeurs. Celles-ci furent attirées et sa lumière, se reflétant dans leur infinité, coagula en une Puissance, reflet de sa gloire, Noréa. Elle chercha à s’unir à lui, mais Barbelô demeurait plongé dans une indifférente méditation. Elle s’accoupla alors à lui durant son sommeil, lui volant ainsi sa semence. Il en naquit Eldobos, le Démiurge.

Fait de ténèbres, Eldobos était ignoré par son père et cela le poussa au parricide : il sépara Barbelô de son corps, le changeant ainsi en Dimitra la Terre qu’Eldobos modela pour en faire le lieu d’épiphanie de la souffrance. Puis, il arracha l’essence de l’âme de Barbelô et la découpa en fragments éparpillés – les Eydolûn – qu’il disposa dans la chair, façonnant l’homme pour les contenir et servir de prison et d’égarement à Barbelô. Ainsi fit-il de la vie humaine sa vengeance, rendant misérable l’existence de son père dans la matière.

l'esprit prisonnier de la matière
l’esprit primoridal emprisonné dans la matière, cosmogonie fantastique de Gandariah

Demeura néanmoins une part qu’il ne put soumettre, Eloah, « l’œil qui voit dans les ténèbres », relié au monde matériel par la Fontaine de Vie.

Noréa fut prise d’un violent remords pour avoir donné naissance au Démiurge Eldobos. Elle avait vu naître, dans l’horreur, Dimitra et les Essences Démiurgiques : la terre, le feu, l’eau et l’air. Dès lors, elle œuvra à trouver les voies pour les doter, toutes quatre, de sa lumière et chercha à les transmuter.

Ainsi créa-t-elle la Litanie Universelle, garante du mouvement perpétuel, et les Essences s’animèrent d’une alchimie de laquelle parurent l’huile, le charbon, la vapeur et les sables, supports des Essences Gnostiques : lumière, ombre, reflets et esprit. Ces Essences encore sauvages, ne demandant chacune qu’à être maîtrisées par un dive, furent disputées par les dives Askya et les dives Apsur : les maîtres de la pureté et les princes de la souillure.

La terre se peupla, et l’homme, y trouvant nourriture, donna naissance au premier peuple, les Almadors, duquel sont issus les Sanghkorites et les Pygmées.

Formation du Voile d’Airain des mondes, cosmogonie fantastique de Gandariah

2. Rageant, Eldobos s’arracha la peau pour en faire une barrière contre Noréa, le Voile d’Airain, l’empêchant ainsi de modifier le monde tel qu’il l’avait déterminé pour l’homme. Mais ni elle ni lui ne pouvait plus toucher directement à l’homme, ni lui parler ou se manifester à lui d’une manière quelconque, sans prendre le risque de perdre eux-mêmes leur divinité. Ainsi était conçu le Voile d’Airain.

Or, peut-être par ignorance de son origine divine, l’homme s’égarait dans l’oubli, cédant au matérialisme le plus cupide. Noréa, le voyant s’éloigner de la gloire passée de Barbelô, laissa couler une larme de feu. Elle la recueillit, inspirée par Eloah, l’Essence sans existence, pour façonner Amaruth, le simurgh originel, puis l’envoya sur terre malgré le Voile d’Airain.

En le traversant, il en brûla la surface, laissant s’échapper la Fontaine de Vie autour de laquelle se répandit le monde cosmique : le Bardô. Amaruth retira une plume de sa tête et la donna au Père de l’homme, afin d’écrire la cosmogonie de la terre et des cieux, et lui conseilla d’éveiller son Eydolûn pour rejoindre Eloah par le Bardô.

L’Oiseau Amaruth, dit ancêtre des Simurghs, mythologie gandari

Fou de colère devant cette supercherie, Eldobos saigna Dimitra pour créer la première race ghûl : les nisnas, chargés de soumettre les hommes et de s’assurer de leur souffrance. Puis il bâtit la citadelle de Mônrab, au cœur du Bardô, afin d’y forger des armes célestes pour les nisnas : les astras.

Quand ceci fut accompli, Eldobos commit un acte abominable, violant sa mère Noréa pour la punir de ce qu’elle avait fait pour l’homme et obtenir une descendance propre à l’assister dans ses plans. Noréa accoucha d’une paire de Puissances. Le premier né fut Baal, fort et violent, faisant la fierté de son père. La seconde, Ishtar, était gracile et admirait le monde, déjà désireuse d’y apporter sa touche personnelle.

3. Baal était joueur et manipulait les tempêtes. Il devint le Dieu-Foudre, vénéré par le peuple krakéite ; il influença la campagne de ravages et de pillages de Yalar le Terrible, seigneur du peuple krakéite. Ishtar était demeurée, jusque-là, contre le ventre de sa mère où elle ressentait la paix de sa litanie.

Elle entonna un chant lascif par lequel le Bardô se peupla de djinns qui descendirent inspirer les Krakéites de Pelaboria. Ces derniers s’adonnèrent à la sexualité, se faisant jeux et plaisirs dans lesquels leur brutalité s’éteignit. Elle avait rendu le monde agréable à l’homme car il trouvait dans l’intimité un réconfort à l’existence.

Eldobos en fut ulcéré et entreprit de tuer Ishtar mais Baal s’interposa, provoquant un nouvel échec de leur père. Eldobos passa sa rage sur lui, l’envoyant se consumer dans les flammes. Ses cendres couvrirent les déserts brûlants et son âme angoissée forma les zéphyrs.

Il ne resta à Eldobos que du ressentiment pour Ishtar qui l’avait doublement défait mais demeurait sa seule progéniture, aussi l’enferma-t-il dans une prison d’opale pour la pousser à la folie et la perversion, afin d’en faire, tôt ou tard, une bonne recrue. Ainsi parvint-il à la diviser en elle-même, formant les lunes : Allât, la Vierge Effarouchée, Ozza, la Lascive et Manat, la Moribonde.

Nostalgique, le chant d’Ishtar baigna les hommes et les djinns d’une triste langueur, et Eldobos fut satisfait. Les derniers Almadors se lamentaient sur leur cité-mère d’Ygrabaq, perdue, et de leur sort sous les coups des nisnas et des Krakéites ; les Krakéites pleuraient leur force d’antan et la défaite de Baal.

Les djinns, quant à eux, déploraient l’isolement de leur maîtresse et le revirement de sa litanie. Tant bien que mal, ils tentèrent de perpétuer la litanie première de leur dive et de maintenir les joies du monde.

4. Quand Eldobos eut ainsi créé la terre et le ciel : Aqbar et le Bardô, il plaça son palais d’émeraude dans la citadelle céleste de Mônrab, et la peupla de ses petits-enfants, nés de Dimitra et de Baal avant l’heure de sa colère. S’y trouvait Zhebel, prince de la Putréfaction, Jaggat, princesse des Obsessions, Garuda, princesse de la Monstruosité et Shayatz, prince de l’Hérésie. Sur la terre, il avait façonné les humains, esclaves de sa gloire, pour le servir.

Puis, se tournant vers eux, ses adjoints, l’engeance de son fils, il leur confia la tâche d’épier les injures à sa grandeur, afin de distinguer ceux qui méritaient son châtiment.

Eldobos les mit au défi de soumettre tous les hommes, envoyant la nuée des ghûls sur terre en guise de fléau et de répression. Magnanime, il confia à son adjoint Shayatz, le serpent, la tâche de se glisser parmi eux afin de distinguer leurs intentions et examiner dans leur cœur tout ce qui les incitait à renier sa gloire.

5. Les hommes étaient finalement sur le point d’abandonner leur rébellion lorsque le serpent surprit une scène des plus insolites : un simurgh, roi des rapaces, leur adressa son annonce. Il jura connaître les mots sacrés par lesquels ils pourraient voler les astras, les armes célestes de la cité d’émeraude d’Eldobos, et proposa de les leur enseigner en cadeau contre leur allégeance à son joug clément.

Les rebelles se dépêchèrent d’accepter et reçurent le pouvoir de dérober les armes divines. Ils chassèrent alors les ghûls et édifièrent, pour célébrer leur victoire, la cité d’Idaris. Celle-ci se dressa jusqu’à la vue d’Eldobos, qui enragea contre leur impiété et le pillage dont il était la victime. Il déclencha alors un grand déluge sur la terre en représailles.

Idaris fut engloutie par les eaux et la moitié du monde sombra, emportant tout autant de vies. Tel fut son avertissement. Puis Eldobos rappela les ghûls et les anges, et les assembla devant lui. Shayatz se tenait parmi eux et le Démiurge l’interrogea. Le serpent rapporta l’affaire du simurgh et Eldobos démasqua la traîtrise de Noréa.

Le créateur terrible jeta alors sur l’homme le fléau des Sangs Brûlants et chacun s’en alla tuer son semblable. Alors, le Démiurge entonna le Chant de la Sentence par lequel il proclama sa volonté. Il fut ordonné d’appeler des élus parmi les hommes, ceux que bénirait le serpent Shayatz, de leur apposer sa marque et de leur offrir en échange une part de sa gloire sur la servitude de l’humanité.

6. Noréa, témoignant de la scène, se jura bonté et miséricorde pour la race d’Abîl, celle des hommes. Aussi, traça-t-elle en son sein un cercle parfait de lumière qu’elle voulait faire parvenir au monde. Elle se donna alors en sacrifice à Barbelô, générant par là-même Shamash, le disque lumineux que nul n’avait conçu. Ainsi parut le beau et ardent Shamash, brillant depuis lors sur le monde par-delà le Bardô, caché d’Eldobos.

Le peu de vie qui restait à Noréa se dispersa et forma le plérôme des anges : l’assemblée des malakim, dont les plus importants sont les keroubim. Lorsque Shamash apparut, le monde fut illuminé et, retrouvant les voies de la divinité, les hommes furent en fête. Leur joie retentit dans les cieux jusqu’à la demeure où dormait Eldobos.

Entendant la clameur, Eldobos se dirigea vers la terre des hommes pour voir ce qui s’y passait. Alors, Shamash se retira et la mélancolie d’Ishtar reprit de plus belle. Quand Eldobos inspecta le monde, il n’y vit pas de place pour le bonheur.

Mais chaque fois qu’Eldobos se satisfaisait de la détresse du monde et se détournait, Shamash reparaissait dans les cieux, et, comme il était négligent, il ne lui venait jamais à l’esprit de faire le chemin vers le monde en sens inverse. De ce fait, l’obscurité jamais ne rencontrait la lumière.

Telle est l’histoire des grandes Puissances des premiers temps.

7. Ishtar et Shamash se rencontrèrent. Quand vint la conjonction des lunes, Ishtar retrouva ses esprits. Elle contempla la beauté solaire de Shamash et pâlit à sa vue. Il répandit sa chaleur jusqu’à elle et elle céda à ses flammes. Ils jouèrent les jeux de l’homme et des djinns, des jeux de l’étreinte. Puis, Ishtar se retrouva enceinte de cent et un dives purs. Comblée de joie, elle gémit dans les cieux et jusque sur la terre, tant et si bien qu’Eldobos la surprit.

Il maudit leur union. Quand Ishtar enfanta les Askya, Ahriman émergea alors de ses entrailles et le déchirement fut tel qu’elle crût en mourir.

Shamash vit Ahriman sombre comme la nuit du néant palpitant et le condamna à l’opprobre. Eldobos devant pareille forfaiture décida d’engendrer lui-même. Il prit Garuda par la nuque et l’étreignit avec fureur. Garuda vomit alors Obthalis, le prince du Carnage, dive des Tornades.

Mais Shamash l’affronta pour garder son influence sur le monde et il domina Obthalis à jamais. Cependant, dans la bataille, le dive solaire perdit un œil, et Obthalis le lui déroba pour voir dans ses propres ténèbres glacées. En le touchant, il le souilla et le changea en Œil d’Obthalis, noir de jais. Quand Shamash s’en aperçut, il décocha des flèches – mille et une – transperçant l’Œil et dissipant par là même ses ténèbres. Une brume noirâtre couvrit le monde. Alors, Ozza enferma l’Œil dans le Sceau du Schéol, après l’avoir gobé et recraché. Suite à cette défaite, toutes les âmes corrompues par le fléau des Sangs Brûlants furent chassées d’Aqbar.

8. Par la suite, le fils paria de Shamash décida de détruire toutes les œuvres de son père. Ainsi éleva-t-il son héraut funeste, Narûn-Sîn, élu de Shayatz, au rang d’empereur. Ahriman fit si peur à ses frères qu’ils se tinrent loin du monde, décidant de ne pas intervenir dans cette lutte, en dehors de Mezdahor, l’aîné. Il ordonna si bien les choses du bas-monde qu’Ahriman ne trouverait plus aucun moyen de les détruire.

Il illumina le cœur des hommes et, s’arrachant les ailes, il descendit régner parmi eux. Des plumes de ses ailes naquit le Jardin des Lumières d’Al-Muntir, auquel on accède par la Fontaine de Vie. De son corps splendide, il fit un prophète : Aramidras. Ainsi finirent les jours où s’initia la Litanie Universelle, car toutes les Essences avaient trouvé leurs dives de pureté et de souillure. Alors, commença l’Âge des Sables et, avec les Sables de mille couleurs, les femmes d’Aramidras, que l’on nomme Vestales du Sable, naquirent des fils d’Abîl.

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