Le souk et les marchés

Un ensemble souvent anarchique accueille le chaland en quête de produits frais et d’objets provenant de toutes les contrées. Certains de ces bazars sont plus vastes que des cités et recèlent tellement de merveilles qu’une vie entière ne suffirait à en faire le tour. Souvent adossés au palais, ils forment la colonne vertébrale de la ville qui, elle, s’organise plus harmonieusement et régulièrement autour de ce chaos urbain qu’est le souk.

Épices, bois exotiques, meubles de diverses factures, lourdes tentures et soies légères, vêtements pour l’hiver que l’on chérira en s’enfonçant dans les neiges éternelles, souliers élégants pour rejoindre la cour, robes vaporeuses pour attiser le désir de l’amant, mets sucrés destinés à apaiser les tensions entre les familles le temps d’une fête, salaisons diverses et variées, viandes fumées et préparées pour le voyage, tonneaux remplis de harengs enrobés de graisse de chameau émaillée d’olives et d’abricots, prêts à être servis aux convives avides de goûts exquis ; armes, bien sûr, mais aussi armures finement ouvragées, bijoux d’or et d’argent, coraux et perles, nacres précieuses, pierres de toutes les couleurs… L’abondance marque souvent le lieu. Mais on peut tomber aussi sur un marché assez pauvre, au fond d’une bourgade de province, et la seule originalité de celui-ci résidera bien souvent dans l’échoppe discrète servant à la revente de drogues hallucinogènes si prisées des Derviches des poètes.

Une ou plusieurs tours à vent entretiennent, ça et là, la fraîcheur des lieux lorsqu’ils sont soumis à de hautes températures diurnes. Les réserves de glace, autre prouesse architecturale gandari, permettent également de produire de délicieux sorbets servis dans les allées des marchés ou dans les hammams et salons de thé. La confrérie midasséenne a une grande influence sur ces lieux d’échange, grâce à sa maîtrise des systèmes de conversion, et tient au minimum un lieu à disposition de ses membres sur chaque marché d’importance. Plus généralement, elle y a des hommes, agissant comme ses yeux et ses oreilles.

Extrait du Livre des sphinges, lois relatives aux commerces :

  1. Le vol, le viol et le rapt sont crimes passibles de mise aux fers de l’esclavage. Si le coupable est esclave, qu’il soit puni à hauteur du délit.
  2. Mensonge est infamie. S’il a lieu devant tribune, qu’il soit puni de mort.
  3. Les prix sont arrêtés à la limite établie par le gouvernement. Tout marchand contrevenant sera flagellé. Que les mets et les bontés abondent pour le peuple.
  4. L’ouvrier et l’artisan sont les mains de leur corporation. Ils ne peuvent tirer profit sans le scrupule des normes de leur ouvrage.
  5. Le maître doit hospitalité à ses compagnons et apprentis.
  6. Que le serviteur soit traité avec égard.
  7. Que l’impôt soit fixé par le grand vizir ou le roi, s’il lui plaît. Qu’il soit dûment payé.
  8. Nul ne saisira d’usure sur les biens. La pratique du salam est sacrée.
  9. Celui qui transgresse le salam commet un vol. Qu’il soit châtié.