Les cités impériales

Quartiers aux mains de familles ou de tribus, chacune ayant accès à un ou plusieurs fours privatifs et à des points d’eau particuliers, les uns et les autres jalousement gardés. Les conflits ne sont d’ailleurs pas rares autour de telles ressources, surtout lorsque les naissances sont trop nombreuses lors d’une même saison.

Bien souvent, des « milices » de jeunes gens protègent les rues fréquentées par les femmes durant la journée, à l’abri derrière de hauts murs percés de moucharabiehs et surmontés d’encorbellements mutuellement attirés par la pesanteur, faisant bien souvent se rejoindre tout à fait les lourds ensembles construits sans plan de départ et agrandis au fur et à mesure. Des rues ombragées sont donc les axes de vie de ces cités et sont parsemées de points de passage agissant comme des sortes de douanes : petite cour ouverte sur le ciel, entrelacement de passerelles de bois reliant les ensembles architecturaux, simple seuil d’une grande maison, etc.

De plan circulaire, articulée autour du souk, lieu de croisement des lignées, la cité impériale se déploie telle une véritable toile d’araignée. Une certaine forme de violence urbaine sévit sur les hauteurs des vastes immeubles collectifs, car c’est à l’abri des patrouilles au sol que les malandrins s’adonnent à toutes sortes de trafics. L’accès aisé qu’ils ont aux habitations les rend particulièrement dangereux et leur « amitié » est bien souvent achetée.

Les domestiques, quant à eux, ne se différencient pas des propriétaires indivis, vivant la grande majorité de leur existence en un même endroit, au cœur d’une famille dont ils ne sont qu’une partie ou une extension. Ce sont d’ailleurs généralement eux, dont la relative liberté de mouvement est supérieure à celle de gens à la vie très rigoureusement rythmée, qui officient dans l’ombre afin de mener quelques affaires discrètes.

Le quartier du palais est souvent un étalage de luxe et d’espaces ordonnés où l’air s’engouffre enfin, libérant la cité de sa lourde moiteur et de son encombrante accumulation de bâtis. Ici, l’ordre rectiligne donne au voyageur un sentiment de quiétude et lui évite, enfin, de se perdre.