Les jeux et le cirque

Souvent, les bâtiments dédiés à l’entraînement sportif jouxtent le hammam, puisque les jeux du corps impliquent le délassement et l’hygiène de celui-ci. Leur absence dénote en général la taille modeste d’un quartier ou d’une cité. Au cœur de ce complexe sportif, si sa taille est telle qu’on puisse le qualifier ainsi, se trouve le gymnase, lieu de la pratique de la lutte rituelle des gladiateurs astrologiques et des Moines kalandars. Néanmoins, tous types de personnages viennent s’y adonner aux sports les plus divers, même si la lutte reste privilégiée. Des entraînements plus militaires s’y tiennent, marquant ainsi la prédominance de la caste des officiers dans le paysage social de la cité. Les corps sont tantôt huilés, tantôt poudrés, et un ou plusieurs endroits servent à entreposer matériaux et matériel. On peut y réclamer son javelot, son disque, son poids ou l’équipement nécessaire à une sorte de jeu de hockey, pratiqué ici dans la poussière, au lieu des grandes étendues d’herbe de son ancêtre.

Dans le prolongement, le stade permet de s’adonner à la course à pied, apanage de certains soldats dont les missions périlleuses les exposent à cette épreuve d’endurance ultime, aux limites de ce qu’il est possible de concevoir pour un humain. On y rencontre, de temps en temps, des philosophes venus échanger leurs idées à l’air libre tout en admirant les sportifs du jour. Les Derviches des poètes y sont parfois aperçus l’espace d’un instant fugace, précédant de peu l’apogée ou la chute d’un athlète ; leur présence est toutefois tenue cachée du plus grand nombre, car leur intervention pourrait changer la nature du jeu, soumis à des paris, eux, tout à fait réels.

Certains équipements agrémentent le complexe, comme des lavabos, des salles de massage, divers magasins ou entrepôts. Toute une foule de marchands vendant des éléments censés améliorer la santé ou les performances des sportifs fréquente les lieux ainsi que les métiers dédiés à la publicité des champions, à l’encadrement des compétitions, etc.

Le sang coule enfin dans l’enceinte du cirque, dédié aux combats brutaux de gladiateurs féroces ramenés au rang de bêtes sanguinaires et dont l’agonie figera soudain le temps dans un éclair métallique déchirant l’air et les chairs. C’est le lieu des clameurs soudaines et des puissants silences précédant la mise à mort, celui des combats mimant les affrontements divins antiques, celui où les fluides corporels le dispute à la poussière, où peau et os s’entremêlent en un ballet grotesque permettant à un public offert et furieux de se libérer en un cri expiatoire qui, lorsqu’il retentit, éclate dans tout l’univers. Le clou du spectacle est bien souvent le combat contre le taureau, rituel ancestral dont la portée, bien que mal comprise, est évidente et l’issue, toujours incertaine.