Sûrâts de Mareg Neb

  1. ∞ N’aie d’exigence pour toi-même que le bonheur de ton prochain. Ne sois jamais l’obstacle d’un bienfait. ∞
  2. ∞ L’hospitalité est le plus sacré des devoirs. Elle est le ferment de l’Ascension. Ce que tu couves de ton aile t’es acquis dans le Royaume. ∞
  3. ∞ Prières et rituels orientent l’Eydolûn vers Al-Muntir. Que l’oraison prépare l’orant à « ouvrir » Eloah. Que l’orant guette Son agrément, car Il agrée qui voit par son œil. ∞
  4. ∞ Son œil ne voit pas l’Eydolûn mais contemple sous le monde ; Il voit Barbelô. Dans les ténèbres, Il voit l’infini de l’Un. Il est Celui qui Est, le seul qui voit et qui est vu. Il est libre et, cerné de feu, de Lui vient la vérité sur toute chose. ∞
  5. ∞ Ce monde est injustice, dans la lumière est sa fin. Sois sûr qu’il luttera. ∞
  6. ∞ Ce que tu veux qu’il t’arrive de pur, voilà le bien qu’il faut semer. Ce que tu crains de récolter, voilà le mal qu’il faut brûler. Aussi vrai que l’outil fait l’œuvre, l’artisan est la cause du monde. Dissipe les ombres et tu seras lumière, et si tu veux la lumière, sois lumière. ∞
  7. ∞ La pierre de faîte, c’est à chacun selon son droit. ∞
  8. ∞ Le vrai savant est amoureux. Quiconque est sans amour est ignorant. ∞
  9. ∞ Tant que tes larmes n’ont pas coulé, ta vue est remplie d’illusions. Ne vois pas celui qui ne lave pas ses yeux. Est aveugle celui qui se néglige. ∞
  10. ∞ Celui qui cherche à s’élever de ce monde oublie la fibre qui l’y relie. S’il la coupe, il rejoindra les loups. À qui sert la fibre, sinon au tisserand ? Fais de ce monde ton habit pour le Royaume. ∞
  11. ∞ Ce monde est dans le Trois. Par l’Un, le méditant atteint la vacuité de pure lumière. Dans l’Un, il n’y a que l’infini. Quiconque veut exister aime, et par cette intention il vient au monde. ∞
  12. ∞ Niki, sur son char, n’a que trois amants : dire le bien, faire le bien, penser le bien. ∞
  13. ∞ L’âme charnelle n’est en paix que dans son droit et ses devoirs. Nourris-la de ce qui est sain, surveille-la comme ton enfant. ∞
  14. ∞ Celui qui n’est pas éprouvé par le monde, jamais ne sera parachevé. Celui qui le repousse, jamais ne se connaîtra. Comment donc pourrait-il entrer en perfection ? Celui qui n’arpente pas le reg, jamais ne trouve la source. Il reste dans son jardin fleuri, cloîtré derrière des murs. Quand l’eau n’y coulera plus, il y mourra. ∞
  15. ∞ Tu te demandes celui qui juge les œuvres ? C’est l’enthousiasme. Il est l’archer, la flèche, la visée et la cible. Si tu vises la quintessence, sois la quintessence, produis la quintessence. ∞
  16. ∞ Si tu vois l’Eydolûn, c’est que tu es dans le monde. Mets-toi dans l’Eydolûn et tu verras le monde. ∞
  17. ∞ Tu n’atteindras le miroir de l’âme qu’en percevant ta perception. Alors, et alors seulement, tu te laveras de l’illusion. Elle est là, dans ce que perçoit l’œil qui est dans l’œil, dans ce que touche la main qui est dans la main. ∞
  18. ∞ Si Barbelô s’est endormi, c’est qu’il a négligé l’action. Toi qui vises le Royaume, reconnais dans l’Eydolûn le péché du repos. Jette toujours la vanité au feu. ∞
  19. ∞ N’est pas encore libre celui qui adore. Il est fakir devant le guide, il ne peut rentrer sous son manteau. Ne revêt le manteau que celui qui éteint l’adoration dans son cœur et, dans le rite, décore sa demeure. Les Puissances Askyas sont dignes d’amour, non pas de dévotion. ∞
  20. ∞ En chaque homme se cache l’herméneute des Écritures, car la parole est mythe, et le mythe est le miroir de l’homme. ∞
  21. ∞ La vie est venue comme un accident, nous sommes ici par mégarde. Il n’y a de but dans l’existence que par le Rédempteur Mezdahor. Aussi tu atteindras le bonheur, non en inclinant à la personne d’autrui, mais par ton amour à l’intention du Rédempteur. ∞
  22. ∞ Fais-toi un devoir de satisfaire ton âme de la meilleure des manières. Ta liberté est l’écrin du Royaume. ∞
  23. ∞ La véritable loi des Tables de saphir, seules les sphinges la connaissent. Elle est muette, tapie dans le secret des cœurs. Elle est d’être bon envers tous, de désirer le bien de tous, de ne jamais chercher vengeance, de ne jamais vouloir le mal, d’être prêt à rendre service, surtout à ceux qui t’ont fait souffrir, et quand on t’a fait du mal, d’endurer dans la patience. ∞
  24. ∞ Ne demande jamais ce que tu n’es pas prêt à donner dans l’instant. ∞
  25. ∞ On ne croit qu’en vertu de son chemin, ne juge jamais celui qui te contredit. Ne sois jamais tel un fruit sec, mais remplis-toi de compassion. La porte qui n’est pas huilée grince, alors mets de l’huile sur la porte de ton cœur. ∞
  26. ∞ Laisse les autres profiter de ce que tu fais pour toi, et tu recevras une récompense. Fais pour autrui par amour du prochain, et tu seras payé au centuple. Et si tu ne parviens pas à faire une chose que tu envisages, tu seras tout de même récompensé. Ne gâche pas la récompense en dénigrant ton intention. ∞
  27. ∞ Le vent n’a de force sur l’arbre que selon la profondeur de ses racines. Fais de la vertu ta demeure, de l’honneur ta patrie, de l’intégrité le cœur de ta maison. ∞
  28. ∞ Si tu ne vois pas autrui comme ton prochain, tu prends ton Eydolûn pour l’infini. Or seul Barbelô est l’infini. On n’accède à Lui qu’en unifiant tout un chacun. ∞
  29. ∞ Le rite est le sanctuaire qui échappe au contingent. Qu’importe le rite, tant qu’il y a, dans ton cœur, le sanctuaire. Il suffit à l’Ascension, et abreuve toutes les soifs. ∞
  30. ∞ N’arpente pas la voie de la vengeance qui est pavée de remords. Arpente la voie du pardon qui est bordée des arbres de l’amour. ∞
  31. ∞ Respecte toujours les usages, ils ne relèvent pas de la voie. ∞
  32. ∞ L’Ombre est le Soi impérieux de Gandariah. Plus tu te purifieras, plus l’ego du monde voudra t’anéantir. C’est le chemin de l’Ascension. À chaque épreuve d’ampleur inédite, il y a une demeure supérieure au Royaume. Lorsque tu as compris comment vaincre une épreuve, tu t’en imposes une plus grande encore. Si tu succombes à la ruse de ton Ombre, tu erreras ou tu chuteras de ta demeure. ∞
  33. ∞ Si tu succombes à la croyance de ta vertu, et que naissent en toi des exigences, tu as là des tentations d’Ahriman. Le kalandar ne peut avoir d’exigences qu’envers lui-même. ∞
  34. ∞ Tu ne fais face à Eloah que dans l’effacement et l’humilité. Tu n’es l’Eydolûn que dans la pleine conscience de toi-même. Respecte-toi et honore ton âme. ∞
  35. ∞ Il n’y a pas de retraite sinon en soi-même. Retire-toi du monde en ton for intérieur, et reste au milieu des tiens. ∞
  36. ∞ Vise à maintenir la quiétude entre les êtres, tu viseras à trouver la paix en toi. ∞
  37. ∞ Un homme fit scrupuleusement sa prière à Shamash ; Shamash ne l’entendit pas. Puis l’homme vit sa ceinture relâchée. Il la resserra et il fut alors entendu. C’est la volonté agissante qui exauce les prières. Rectifie ta conduite, tu trouveras le Royaume. Abstiens-toi d’engagement et tu demeureras au Schéol. ∞
  38. ∞ Celui qui n’honore pas sa dignité n’est pas digne d’honneur. ∞
  39. ∞ Le plus grand des prodiges que l’on puisse atteindre, c’est la connaissance de soi et de son état. Ne consomme pas la drogue de l’Invisible, tu oublierais la voie de perfection. ∞
  40. ∞ La bête humaine ne devient homme qu’en bridant ses désirs à ce qui est équitable, et en n’aspirant plus à des droits sans en supporter les devoirs. ∞
  41. ∞ Celui qui cherche la liberté pour transgresser les préceptes naturels de l’âme ne vise qu’à se faire l’esclave de l’oppression des dives Apsur. N’est libre que celui qui change sa prison en asile, mais seulement s’il bâtit sur l’âme. ∞
  42. ∞ Ne confonds pas défaut et vice. Le vice est la perversion de l’âme. Un défaut n’est qu’un manteau d’humilité pour ne pas attirer sur soi l’attention des hypocrites. ∞
  43. ∞ Ne fait pas appel au médecin celui qui est sain. Celui qui s’abstient du monde n’a pas besoin de sagesse, mais il ne saura jamais guérir. La perfection se trouve dans la rencontre du réel. ∞
  44. ∞ L’âme pure a sept vertus : effort, contentement, respect du mystère, compassion, modération, autodiscipline et humilité. Elle ne cède à aucune des sept emprises : précarité, matérialisme, arrogance, passion, assouvissement, libertinage et puissance sociale. ∞
  45. ∞ Le désir fait des promesses si grandes qu’elles assèchent l’océan de la quiétude. Le sage préfère l’océan à la sécheresse, il n’accorde pas foi aux promesses. Ce qu’il reçoit, il le reçoit. Le sage est reconnaissant envers les plaisirs. ∞
  46. ∞ Ne juge pas selon le nombre des actes mais selon la beauté des réalisations. ∞
  47. ∞ Fais ce qu’il te plaît tant que tu n’en éprouves pas de honte et tu changeras ton séjour ici-bas en plaisance pleine de grâces. ∞
  48. ∞ La religion est un voile sur la vérité car la religion est faite de doctrines, la doctrine faite de mots, les mots sont des noms et les noms voilent l’essence. ∞